Tu ne vois rien, ils t’ont bandé les yeux. Tu ne ressens aucun contact sur ta peau, ils t’ont déshabillé et emballé dans du film plastique. Tu ne peux pas bouger un seul membre, ils t’ont attaché sur le lit. Tu n’entends rien, ils t’ont mis des bouchons de mousse dans les oreilles. Tu ne sens rien, ton odorat est saturé par l’odeur du latex. Seules ta bouche et ta queue ne sont pas entravées. De tous les sens qui te relient habituellement au monde, seuls le goût et le sexe ne sont pas en berne et fonctionnent encore.

Tu dis « ils » mais en réalité, tu n’as pas la moindre idée de leur nombre. Régulièrement, une queue vient s’introduire dans ta bouche. Tu la têtes. C’est un réflexe. De toute façon tu ne peux rien faire d’autre. Mais est-ce toujours la même ? Deux fois déjà ça s’est fini par une giclée de foutre au fond de ta gorge, ce qui tendrait à prouver qu’ils sont plusieurs. Mais après tout, certains mecs peuvent jouir plusieurs fois de suite. Et puis tu perds un peu la notion du temps. Ça fait peut-être des heures que tu es là. Largement le temps pour l’autre de recharger même s’il est tout seul.

Parfois, une caresse sur ta bite. Un doigt qui remonte doucement sous la verge, de la base jusqu’au frein. Ou une langue qui fait délicatement le tour de la couronne du gland. Tu ne t’y attends pas. Décharge électrique. Peau de tes couilles qui se tend, gland qui grossit comme s'il allait exploser. Tu donnerais n’importe quoi pour qu’ils continuent. Mais le plus souvent, ils ne vont pas plus loin. La frustration te donne envie de hurler mais tu te retiens : tu sais que ça ne servirait à rien. Ce n’est pas toi qui commande.

Une nouvelle bite se fraie un chemin dans ta bouche. Privé de la distraction des autres sens, ton goût s'en trouve décuplé, tu découvres la complexité des saveurs du liquide séminal. Tu savoures, essayant de le rattacher à des choses connues : le goût des larmes, un petit côté sucré (comme de la nectarine peut-être ?) et surtout cette odeur musquée, masculine, enivrante, qui laisse une petite croûte de sel sur tes lèvres en séchant. Soudain ils empoignent ta queue. La font pénétrer dans un fourreau. Tu penses à un fleshlight. La surprise te coupe le souffle. Te fait pousser un petit cri. Le sextoy va et vient lentement, ta respiration se cale sur le même rythme.

N'importe quel témoin qui assisterait à la scène (D'ailleurs, qui sait s'il n'y en a pas, des témoins ? Tu n'as aucun moyen de le savoir !) verrait en toi un esclave sexuel, attaché, soumis. Mais tu sais bien que c'est le contraire. Et eux aussi le savent. C'est toi qui prend ton pied. C'est à toi qu'ils font plaisir. C'est toi qu'ils guident vers des territoires inexplorés de ta propre sexualité.

Tout à l'heure tu suppliais qu'ils te touchent, tu pries maintenant pour qu'ils arrêtent. Tu ne tiendrais pas longtemps à ce rythme. Tout le monde sait bien que le jeu s'arrêtera lorsque tu auras éjaculé et que ton excitation retombera. Personne ne veut que ça arrive.

Ils ont compris. Le mouvement s'interrompt. Ils retirent le fleshlight.

Plus rien. Les minutes s'écoulent. Tu finis par te demander s'ils n'auraient pas quitté la pièce. Tant mieux. Que la tension retombe. Que tu reprennes ton souffle. Que le jeu puisse durer encore longtemps.

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